Tour du Monde en 300 jours

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51 - Rien ne va plus !

 
                        Le personnel de cet Hôpital est on ne peut plus aimable. L'infirmière chef, en constatant qu'Adc avait repris un solide appétit, a fait doubler ses portions ! Nous sommes entourés de gentillesse, d'empathie et de sourires, enveloppés dans un cocon chaleureux mais discret. Le personnel, Chinois en grande majorité, est admiratif devant mon "exploit" : un Tour du Monde en solo et sac à dos à 60 ans ! Le médecin-chef m'a même fournit le papier nécessaire pour leur faire un résumé de mes aventures depuis leur commencement. Il ne s'agit pas d'une véritable curiosité mais, en fait, d'une enquête de statistique visant à connaître le lieu où nous aurions contracté nos maladies : malaria et dengue. Nous savons très bien "Où" nos destins ont croisé les nuées de moustiques parmi les plus résistants et voraces que j'ai jamais connus : dans le charmant petit vallage de Moïm, sur les bords du fleuve Sepik, en Papouasie Nouvelle-Guinée. Il n'y a pas d'autre endroit possible et les dates coïncident parfaitement. Au moment de notre départ, les habitants de Vanimo nous disaient:"Sepik ? houououooo ! mosquitos, mosquitos !" et nous, on en riait en disant : "le sepik ? ça pique !" Eh! oui : on ne croyait pas si bien dire ! C'est là, au cours de cette fameuse nuit infernale du 31 décembre 2006, que nous nous sommes battus contre ces bestioles. Même les répulsifs corporels ne les gênaient pas : ça sentait l'anti-moustique à écoeurer un boeuf, et eux, ils se posaient sur nos bras imbibés et puants, sans aucune hésitation ! ce fut "l'enfer vert chez les Papous" ! Nous connaissons l'Amazonie pour y avoir séjourné une année entière : le combat n'a jamais été aussi inégal !
                        Donc, grâce à mon "Journal de Bord", il me sera facile de retranscrire mon périple...cela m'occupe l'esprit et m'aide à tenter de vaincre cette déprime qui m'accueille chaque mation au réveil et contre laquelle je lutte désespérément. Car, malgré cette atmosphère doucement gaie et chaleureuse, malgré les grands arbres d'où l'on entend les plus joyeux chants de la terre...ça ne va pas du tout pour moi.  Pourtant, d'après nos médecins, je suis "very, very lucky" -très chanceuse- de m'en tirer à si bon compte d'après le taux extrêment bas de mes globules rouges qui étaient détruits sans relàche par le parasite depuis plus de trois semaines.
                        Je suis tourmentée par un terrible combat intérieur : dois-je continuer ce tour du monde - mon fils va bientôt me quitter - aurai-je la force de continuer seule, comme je faisais depuis 4 mois ? Ce projet qui occupait mes rêves depuis l'âge de 12 ans, vais-je y renoncer, alors que j'en ai parcouru la moitié la plus difficile ?
                        Il y a tout de même eu quelques rayons de soleil pendant notre séjour hospitalier : un soir, alors que je venais de quitter la chambre de mon fils pour retourner à ma solitude morose, j'entend un de nos médecins parler au téléphone dans un français un peu maladroit : je sursaute et me rapproche "ça, c'est sûrement pour moi !!!" Et en effet, le jeune homme, avec un grand sourire, me tend l'écouteur : C'est André, mon mari ! Lui qui ne connaît pas un seul mot d'Anglais, a "osé" !
Sur les conseils de ma fille, il a appelé en disant seulement "I am French" ! les employés ont tout de suit compris ! ("Mother and Son" étions assez connus dans tout le petit bâtiment des "infectieux" !) Nous avons donc pu parler un moment avec l'autre face de la terre et ce fut très réconfortant ! nos soignants, tout souriants, étaient ravis pour nous !
                        Un autre petit "rayon de soleil" : alors que mon fils et moi avions plaisanté en exprimant nos rêves alimentaires. Nous n'étions pourtant pas à plaindre car il y avait à l'hôpital, des menus occidentaux...mais voilà...on rêvait d'autre chose...: pour lui, un ENORME gâteau "fondant chocolat" et pour moi : du RAISIN...Qui arrive quelques heures plus tard ?  Deux charmantes Chinoises (visiteuses bénévoles)  nous font une courte visite et nous apportent  à chacun : une part de gâteau marbré au chocolat, 2 biscuits salés et...deux mini grappes de raisins ! Le rêve !!! (je précise qu'à Singapour, le raisin est un vrai luxe !)Ces deux jeunes femmes ne sauront jamais que, pour nous, elles ont été des anges...J'en ai encore, des années plus tard, un souvenir lumineux...

                                                         A suivre..