Tour du Monde en 300 jours

                                            世界各地的世界“之旅....世界”之旅................AROUND THE WORLD...............세계 일주....세계


                                             Nous nous arrêtons dans un restaurant, et, comme par hasard, je me retrouve assise à côté de mon ténébreux voisin de car qui m' a l'air aussi contrarié que moi. Les parents d'Aï Lin s'installent  près de moi pour mon plus grand plaisir : ils sont mes seuls "amis" dans ce coin du monde où ma solitude se fait d'autant plus sentir que je me trouve dans une situation illégale. J'ai une pensée pour tous les pauvres clandestins installés en France qui vivent dans la hantise d'être découverts. Quel bonheur d'être un citoyen de son propre pays ! reconnu par la socièté ! Ici, j'en mesure le prix !
Sur la table, le menu entier circule sur un grand plateau tournant et chacun se sert dans le plat qui arrive devant lui.
Je m'emmèle avec mes baguettes et j'ai à peine le temps d'attrapper au vol quelques légumes ! Avec un petit sourire indulgent, les autres convives ralentissent le mouvement pour me laisser le temps de me servir...je ne me sens pas très à l'aise !
Le vieux couple ne tarit pas d'éloges à mon égard : c'est du moins ce que je devine aux sourires extasiés des Chinois qui m'entourent. Je comprends qu'ils parlent  mon périple solitaire depuis Moscou, le Transsibérien etc...J'ai mal aux joues à force de sourire...
Au fur et à mesure que le temps s'écoulera je vais devenir une sorte d'héroïne, tout le monde va vouloir se faire photographier à mes côtés. Et, à ma grande stuppeur, mon "mafieux" devient souriant  et réclame lui aussi, sa photo !
Côté "voisinage" je me sens beaucoup mieux lorsque nous réintégrons notre bus. Mon Chinois écarte son rideau pour me laisser prendre des photos ! "xié xieé", " xié xié"...Je n'en reviens pas !
Par contre, côté "police", je ne me sens pas mieux. Notre jeune guide, qui a du être mise au courant, me demande par signes, de ne plus aller à l'avant du car pour mes photos...Elle ne semble pas très rassurée elle non plus.
Qelle galère ! comment tout cela va-t-il se terminer ?
Vais-je retrouver mes jeunes et mon passeport ? J'espère qu'Aï Lin est bien -réellement- la fille du vieux couple ??
Les tourments reprennent parfois le dessus jusqu'à me donner des brulûres d'estomac !
Le temps est magnifique, les paysages toujours aussi grandioses et sublimes : ce qui m'impressionne, c'est la limpidité des rivières d'une couleur émeraude, lumineuse et intense. C'est la première fois que j'ai eu l'envie de comparer un site au Paradis. Il s'en dégage une telle paix, une telle pureté...
Lorsque nous quittons le car pour visiter un site, j'ai toujours peur de perdre mon vieux couple : ils sont mon seul repère, les seuls a pouvoir m'aider en cas de conflit avec les autorités et les seuls à connaître notre hôtel à Lhassa, un petit hôtel chinois sans aucune inscription en lettres romaines, dont je ne connais ni le nom, ni l'adresse !
Les montagnes enneigées commencent à virer dans les tons roses...J'en déduis que nous allons bientôt nous arrêter pour la nuit.
Et, de nouveau, je sursaute d'angoisse : que vont-ils dire à l'hôtel ? Ils vont exiger un passeport, comme dans toutes les pensions chinoises...
Un nouveau check-point : je me ratatine sur mon siège : je commence à en avoir l'habitude mais j'ai toujours aussi peur !
J'ai tout de même eu beaucoup de chance avec ce car de Chinois : aucun policier n'avancera jusqu'à mon siège ! J'en serai heureuse et en même temps dégoûtée : ce permis d'entrée qui m'a coûté les yeux de la tête, j'aurais pu m'en passer !!!
Notre car s'arrête devant un  hôtel assez luxueux mais je n'ai aucune idée de l'endroit où nous sommes...
Heureusement, grâce à quelques prospectus glanés ici et là, je finirai par reconstituer mon circuit bien plus tard.
Notre guide organise la répartition des chambres et découvre une jeune femme parlant "a little little" Anglais qui accepte très gentiment d'abandonner ses amies pour partager ma chambre. Et c'est là qu'elle va m'expliquer tant bien que mal, l'inquiètude du vieux couple au sujet de mon passeport. Malgré mes nombreuses questions, je n'arrive pas à connaître la teneur de leur inquiètude : est-ce qu'ils pensent que j'ai eu affaire à des escrocs ? ou bien sont-ils inquietés par le seul fait que je voyage sans papiers ?
Notre chambre est belle et spacieuse mais , comme je l'ai souvent constaté en Chine : les toilettes laissent à désirer...
Encore un repas autour des tables rondes...encore des sourires à m'en décrocher la mâchoire...On me dorlotte, on voudrait me poser plein de questions mais...ah ! la barrière des langues ! comme on se sent frustré, parfois, quand le courant passe et qu'on ne peut pas s'exprimer autrement que par des signes et des sourires...mais, tant pis : le coeur y est !
Après une journée de clandestinité et une bonne nuit de repos, me voilà prête à affronter le jour suivant d'une humeur plus vaillante. Le petit dejeuner me plaît : des oeufs durs, toutes sortes de légumes, de riz  et de nouilles, et, comme boisson chaude : l'eau du riz ! Hé  bien ! j'ai apprécié !
Nous retrouvons notre car...et je retrouve mon gros voisin : tout souriant...quelle transformation ! c'est impressionnant ! Qu'ont bien pu dire les autres pour qu'il change à ce point ?
Cette journée va être bien plus agréable : au lieu de somnoler tout le monde chante à tour de rôle en Karaokay (les Chinois adorent ça) des chansons plutôt nostalgiques qui me plaisent. assez...Pour leur faire plaisir, je me lève à mon tour (pourvu qu'il n'y ait pas de contrôle à ce moment-là ! je n'y ai même pas pensé !) et c'est une explosion d'applaudissements avant même que j'ai ouvert la bouche !  puisqu'ils aiment tant les chansons glamour, je leur entonne "a la claire fontaine" en entier (c'est la seule que j'arrive à chanter  par coeur depuis mes 6 ans !).
La douce mélodie leur a plu, je me prendrais presque pour une Diva !
Les paysages continuent de défiler avec la même noblesse, les mêmes splendeurs jusqu'à ce que je reconnaisse avec un certain soulagement la périphérie de Lhassa.
Je quitte mes compagnons avec un peu d'émotion, on me laisse des adresses emails avec lesquelles je n'arriverai jamais à avoir de contacts... (sensure ?)...
Je retrouve, avec le vieux couple, notre hôtel. Je coure vers notre dortoir, y retrouve Aï Lin, couchée, malade, mais je n'y prends pas garde à cause de mon angoisse : "my Passeport ?????" Elle se soulève péniblement, ouvre son sac à main et me tend mon précieux document . Mes Chinois n'étaient pas des escrocs ! Juste des êtres amicaux, respectueux et serviables. Quel soulagement ! Que c'est bon, cette gentillesse désinterressée !

                                                             A SUIVRE...